- chair, condition de la créature composée de chair
- nourriture de chair, viande
- festin où l'on mange beaucoup de viandes
- l'époque où l'on peut manger de la chair, tout le temps de l'année qui n'est pas le carême
En français moderne : CARNAGE, subst. masc. : - action de tuer, de mettre en pièces (d'une manière violente et sanglante) une grande quantité d'animaux ou d'hommes; résultat de cette action. - par métaphore, destruction brutale.
Le Prince de Salina, un "guépard" bien mal en point devant ses "carnages"...
Et il alla regarder les "carnages" : il y avait par terre quatre fromages "premier-sel" de douze "rouleaux", de dix kilos chacun ; il y avait six petits agneaux, les derniers de l'année, les têtes pathétiquement abandonnées au-dessus de la large plaie d'où quelques heures auparavant leur vie était sortie ; leurs ventres aussi avaient été écartelés et les boyaux irisés pendaient au-dehors. "Le seigneur ait son âme", pensa-t-il, en se souvenant du soldat éventré un mois plus tôt. Quatre couples de poules attachées par les pattes effrayées, se débattaient sous le museau inquisiteur de Bendico. "Voilà encore un exemple de crainte inutile", pensait-il, "le chien ne représente pour elles aucun danger ; il n'en mangera même pas un os, parce que cela lui ferait mal au ventre." Le spectacle de sang et de terreur, pourtant, le dégoûta. "Toi, Pastorello, va porter les poules au poulailler, pour le moment il n'en faut pas à l'office, et les agneaux, la prochaine fois, apporte-les directement à la cuisine ; ici, ils salissent. Et toi, Lo Nigro, va dire à Salvatore de venir nettoyer et emporter ces fromages. Et ouvre la fenêtre pour faire sortir l'odeur."
Giuseppe Tomasi Di Lampedusa, Le Guépard, 1958
"Six petits agneaux, les derniers". Echos : fin d'une dynastie, fin de l'innocence, de la nonchalance.
L'agneau symbole du sacrifice du Christ, le soldat symbole du sacrifice patriotique : et pourtant un dégoût irrépressible pour ces cadavres. Vains sacrifices ? L'ouvrage montrera un Prince peu rigoureux avec la foi, et Garibaldi parviendra malgré la résistance de l'armée à conquérir la Sicile...
Antéposition de la prière : on pourrait croire un instant qu'un agneau en est l'objet. Étrange faiblesse d'un prédateur qui prie pour sa proie.
Le "guépard" se transforme en chien inoffensif, qui ne représente aucun danger pour le projet des révolutionnaires : chien d'aristocrate, "il n'en mangera même pas un os", refusera tout poste proposé dans le nouveau régime : "cela lui ferait mal au ventre" : indigestion politique, arrogance aristocratique qui ne s'abaisse pas à ces choses-là. Malgré tout, le spectacle dégoûte : attitude passive devant un monde qu'on voit mourir. Aruspicine : un sombre avenir s'annonce dans ces entrailles ; tout cela, métaphoriquement, "sent mauvais" pour les Salina.
Mépris pour la terreur, l'attitude effrayée : Salina sera le contemplateur apathique de sa déchéance. Les poules qu'on rentre au poulailler : les jeunes filles qu'on a fait revenir du couvent, par peur, à cause du débarquement du 4 avril ?
"apporte-les directement à la cuisine ; ici, ils salissent." Pastorello : sordide pasteur qui guide des agneaux morts. Que les choses se fassent (la mort, la déchéance), mais proprement, élégamment, hors de sa vue. La mort, pour Salina, devrait être aussi belle et nette qu'une oeuvre d'art : Le fils puni de Greuze.
Marguerite Yourcenar, végétarienne, rédige les réflexions de l'empereur romain Hadrien au sujet du végétarisme... Une mise en abyme qui, loin d'être un reflet des convictions de l'auteur, semble prouver sa maîtrise du silence, nécessaire à l'émergence de la figure d'Hadrien.
"Je me suis assez vite aperçue que j'écrivais la vie d'un grand homme. De là, plus de respect de la vérité, plus d'attention, et, de ma part, plus de silence."
Marguerite Yourcenar dans les Carnets de notes de "Mémoires d'Hadrien"
J'ai expérimenté brièvement avec l'abstinence de viande aux écoles de philosophie, où il sied d'essayer une fois pour toutes chaque méthode de conduite ; plus tard, en Asie, j'ai vu des Gymnosophistes indiens détourner la tête des agneaux fumants et des quartiers de gazelle servis sous la tente d'Osroès. Mais cette pratique, à laquelle ta jeune austérité trouve du charme, demande des soins plus compliqués que ceux de la gourmandise elle-même ; elle nous sépare trop du commun des hommes dans une fonction presque toujours publique et à laquelle président le plus souvent l'apparat ou l'amitié. J'aime mieux me nourrir toute ma vie d'oies grasses et de pintades que de me faire accuser par mes convives, à chaque repas, d'une ostentation d'ascétisme. Déjà ai-je eu quelque peine, à l'aide de fruits secs ou du contenu d'un verre lentement dégusté, à déguiser à mes invités que les pièces montées de mes chefs étaient pour eux plutôt que pour moi, ou que ma curiosité pour ces mets finissait avant la leur. Un prince manque ici de la latitude offerte au philosophe : il ne peut se permettre de différer sur trop de points à la fois, et les dieux savent que mes points de différence n'étaient déjà que trop nombreux, bien que je me flattasse que beaucoup fussent invisibles. Quand aux scrupules religieux du Gymnosophiste, à son dégoût en présence des chairs ensanglantées, j'en serais plus touché s'il ne m'arrivait de me demander en quoi la souffrance de l'herbe qu'on coupe diffère essentiellement de celle des moutons qu'on égorge, et si notre horreur devant les bêtes assassinées ne tient pas surtout à ce que notre sensibilité appartient au même règne. Mais à certains moments de la vie, dans les périodes de jeûne rituel, par exemple, ou au cours des initiations religieuses, j'ai connu les avantages pour l'esprit, et aussi les dangers, des différentes formes de l'abstinence, ou même de l'inanition volontaire, de ces états proches du vertige où le corps, en partie délesté, entre dans un monde pour lequel il n'est pas fait, et qui préfigure les froides légèretés de la mort. A d'autres moments, ces expériences m'ont permis de jouer avec l'idée du suicide progressif, du trépas par inanition qui fut celui de certains philosophes, espèce de débauche retournée où l'on va jusqu'à l'épuisement de la substance humaine. Mais il m'eût toujours déplu d'adhérer totalement à un système, et je n'aurais pas voulu qu'un scrupule m'enlevât le droit de me gaver de charcuterie, si par hasard j'en avais envie, ou si cette nourriture était la seule facile.
Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien, 1951
Marguerite Yourcenar a donc eu le talent de savoir écrire ce qui représente un hiatus avec ses propres convictions, pour dresser dès l'ouverture du roman la figure d'un Hadrien drapé de ses responsabilités d'empereur (la sociabilité politique ne saurait être mise en cause par un régime particulier), ouvert d'esprit (il s'est "essayé" au végétarisme comme il acceptera de s'intéresser aux religions chrétienne et juive), universaliste (qui se sent animal tout comme il se sentirait plante, et qui un peu auparavant avait avoué s'être déjà senti vague), relativiste (le refus d'adhérer à tout autre système de valeurs que celui d'Héraclite selon lequel tout change), voluptueux ("tout plaisir pris avec goût me paraissait chaste") sans cesser d'être pragmatique (la Disciplina Augusta des armées où l'on fait de maigres repas), et enfin mystique (constamment travaillé par les Mystères, consultant les astres et les oracles, cherchant ainsi à toucher du doigt les limites de sa vie). Pourtant, si cette réfutation du végétarisme par l'empereur se révèle être l'occasion pour l'auteur de développer en biais une éthopée tout à fait complète d'Hadrien, et où le silence de Yourcenar qui s'efface pour son personnage se fait particulièrement sentir, on notera tout de même qu'il n'est pas inconséquent que cette question du végétarisme, Hadrien se la soit posée, en parlant bien de "notre horreur devant les bêtes assassinées" : expression qui l'inclut dans cette répugnance et où le choix du terme d'assassinat est particulièrement révélateur... Serait-ce le signe que pour Yourcenar, un "grand homme" ne peut être tout à fait indifférent à cette question ?
Etienne de La Boétie, dans son Discours de la servitude volontaire, veut montrer que "tout être pourvu de sentiment sent le malheur de la sujétion et court après la liberté"...
A vrai dire, il est bien inutile de se demander si la liberté est naturelle, puisqu'on ne peut tenir aucun être en servitude sans lui faire tort : il n'y a rien au monde de plus contraire à la nature, toute raisonnable, que l'injustice. La liberté est donc naturelle ; c'est pourquoi, à mon avis, nous ne sommes pas seulement nés avec elle, mais aussi avec la passion de la défendre.
Et s'il s'en trouve par hasard qui en doutent encore - abâtardis au point de ne pas reconnaître leurs dons ni leurs passions natives -, il faut que je leur fasse l'honneur qu'ils méritent et que je hisse, pour ainsi dire, les bêtes brutes en chaire, pour leur enseigner leur nature et leur condition. Les bêtes, Dieu me soit en aide, si les hommes veulent bien les entendre, leur crient : "Vive la liberté !" Plusieurs d'entre elles meurent aussitôt prises. Tel le poisson qui perd la vie sitôt tiré de l'eau, elles se laissent mourir pour ne point survivre à leur liberté naturelle. Si les animaux avaient entre eux des prééminences, ils feraient de cette liberté leur noblesse. D'autres bêtes, des plus grandes aux plus petites, lorsqu'on les prend, résistent si fort des ongles, des cornes, du bec et du pied qu'elles démontrent assez quel prix elles accordent à ce qu'elles perdent. Une fois prises, elles nous donnent tant de signes flagrants de la connaissance de leur malheur qu'il est beau de les voir alors languir plutôt que vivre, et gémir sur leur bonheur perdu plutôt que de se plaire en servitude. Que veut dire d'autre l'éléphant lorsque, s'étant défendu jusqu'au bout, sans plus d'espoir, sur le point d'être pris, il enfonce ses mâchoires et casse ses dents contre les arbres, sinon que son grand désir de demeurer libre lui donne de l'esprit et l'avise de marchander avec les chasseurs : à voir s'il pourra s'acquitter par le prix de ses dents et si son ivoire, laissé pour rançon, rachètera sa liberté ?
Nous flattons le cheval dès sa naissance pour l'habituer à servir. Nos caresses ne l'empêchent pas de mordre son frein, de ruer sous l'éperon lorsqu'on veut le dompter. Il veut témoigner par là, ce me semble, qu'il ne sert pas de son gré, mais bien sous notre contrainte. Que dire encore ?
Même les bœufs, sous le joug, geignent
Et les oiseaux, en cage, se plaignent
Je l'ai dit autrefois en vers...
Etienne de la Boétie, Discours de la servitude volontaire, 1549
Version cri du chou, par Cyrano de Bergerac, à l'occasion d'un voyage sur la Lune...
Un jeune serviteur prit le plus vieux de nos deux philosophes pour le conduire dans une petite salle séparée et :
— Revenez nous trouver ici, lui cria mon précepteur, aussitôt que vous aurez mangé.
Il nous le promit. Cette fantaisie de manger à part me donna la curiosité d’en demander la cause :
— Il ne goûte point, me dit-on, de l’odeur de viande, ni même de celle des herbes, si elles ne sont mortes d’elles-mêmes, à cause qu’il les pense capables de douleur.
— Je ne m’ébahis pas tant, répliquai-je, qu’il s’abstienne de la chair et de toutes choses qui ont eu vie sensitive ; car en notre monde les pythagoriciens, et même quelques saints anachorètes, ont usé de ce régime ; mais de n’oser par exemple couper un chou de peur de le blesser, cela me semble tout à fait risible.
— Et moi, répondit le démon, je trouve beaucoup d’apparence à son opinion, car, dites-moi, ce chou dont vous parlez n’est-il pas autant créature de Dieu que vous ? N’avez-vous pas également tous deux pour père et mère Dieu et la privation ? Dieu n’a-t-il pas eu, de toute éternité, son intellect occupé de sa naissance aussi bien que de la vôtre ? Encore semble-t-il qu’il ait pourvu plus nécessairement à celle du végétant que du raisonnable, puisqu’il a remis la génération d’un homme aux caprices de son père, qui pouvait pour son plaisir l’engendrer ou ne l’engendrer pas : rigueur dont cependant il n’a pas voulu traiter avec le chou ; car, au lieu de remettre à la discrétion du père de germer le fils, comme s’il eût appréhendé davantage que la race des choux périt que celle des hommes, il les contraint, bon gré mal gré, de se donner l’être les uns aux autres, et non pas ainsi que les hommes, qui tout au plus n’en sauraient engendrer en leur vie qu’une vingtaine, ils en produisent, eux, des quatre cent mille par tête. De dire pourtant que Dieu a plus aimé l’homme que le chou, c’est que nous nous chatouillons pour nous faire rire ; étant incapable de passion, il ne saurait ni haïr ni aimer personne ; et, s’il était susceptible d’amour, il aurait plutôt des tendresses pour ce chou que vous tenez, qui ne saurait l’offenser, que pour cet homme dont il a déjà devant les yeux les injures qu’il lui doit faire. Ajoutez à cela qu’il ne saurait naître sans crime, étant une partie du premier homme qui le rendit coupable ; mais nous savons fort bien que le premier chou n’offensa point son Créateur au paradis terrestre. Dira-t-on que nous sommes faits à l’image du Souverain Etre, et non pas les choux ? Quand il serait vrai, nous avons, en souillant notre âme par où nous lui ressemblions, effacé cette ressemblance, puisqu’il n’y a rien de plus contraire à Dieu que le péché. Si donc notre âme n’est plus son portrait, nous ne lui ressemblons pas davantage par les mains, par les pieds, par la bouche, par le front et par les oreilles, que le chou par ses feuilles, par ses fleurs, par sa tige, par son trognon et par sa tête. Ne croyez-vous pas en vérité, si cette pauvre plante pouvait parler quand on la coupe, qu’elle ne dît :
« Homme, mon cher frère, que t’ai-je fait qui mérite la mort ? Je ne croîs que dans tes jardins, et l’on ne me trouve jamais en lieu sauvage où je vivrais en sûreté ; je dédaigne d’être l’ouvrage d’autres mains que les tiennes, mais à peine en suis-je sorti que pour y retourner. Je me lève de terre, je m’épanouis, je te tends les bras, je t’offre mes enfants en graine, et pour récompense de ma courtoisie, tu me fais trancher la tête ! »
Voilà les discours que tiendrait ce chou s’il pouvait s’exprimer. Hé ! comme à cause qu’il ne saurait se plaindre, est-ce dire que nous pouvons justement lui faire tout le mal qu’il ne saurait empêcher ? Si je trouve un misérable lié, puis-je sans crime le tuer, à cause qu’il ne peut se défendre ? Au contraire, sa faiblesse aggraverait ma cruauté ; car combien que cette malheureuse créature soit pauvre et soit dénuée de tous nos avantages, elle ne mérite pas la mort pour cela. Quoi ! de tous les biens de l’être, elle n’a que celui de végéter, et nous le lui arrachons. Le péché de massacrer un homme n’est pas si grand, parce qu’un jour il revivra, que de couper un chou et lui ôter la vie, à lui qui n’en a point d’autre à espérer. Vous anéantissez l’âme d’un chou en le faisant mourir : mais, en tuant un homme, vous ne faites que changer son domicile ; et je dis bien plus : Puisque Dieu, le Père commun de toutes choses, chérit également ses ouvrages, n’est-il pas raisonnable qu’il ait partagé ses bienfaits également entre nous et les plantes. Il est vrai que nous naquîmes les premiers, mais dans la famille de Dieu, il n’y a point de droit d’aînesse : si donc les choux n’eurent point leur part avec nous du fief de l’immortalité. ils furent sans doute avantagés de quelque autre qui par sa grandeur récompense sa brièveté ; c’est peut-être un intellect universel, une connaissance parfaite de toutes les choses dans leurs causes, et c’est peut-être aussi pour cela que ce sage moteur ne leur a point taillé d’organes semblables aux nôtres, qui n’ont, pour tout effet, qu’un simple raisonnement faible et souvent trompeur, mais d’autres plus ingénieusement travaillés, plus forts et plus nombreux, qui leur servent à l’opération de leurs spéculatifs entretiens. Vous me demanderez peut-être ce qu’ils nous ont jamais communiqué de ces grandes pensées ? Mais, dites-moi, que nous ont jamais enseigné les anges non plus qu’eux ? Comme il n’y a point de proportion, de rapport ni d’harmonie entre les facultés imbéciles de l’homme et celles de ces divines créatures, ces choux intellectuels auraient beau s’efforcer de nous faire comprendre la cause occulte de tous les événements merveilleux, il nous manque des sens capables de recevoir ces hautes espèces. Moïse, le plus grand de tous les philosophes, puisqu’il puisait, à ce que vous dites, la connaissance de la nature dans la source de la nature même, signifiait cette vérité, lorsqu’il parla de l’Arbre de Science, il voulait nous enseigner sous cette énigme que les plantes possèdent privativement la philosophie parfaite. Souvenez-vous donc, ô de tous les animaux le plus superbe ! qu’encore qu’un chou que vous coupez ne dise mot, il n’en pense pas moins. Mais le pauvre végétant n’a pas des organes propres à hurler comme nous ; il n’en a pas pour frétiller ni pour pleurer ; il en a toutefois par lesquels il se plaint du tour que vous lui faites, par lesquels il attire sur vous la vengeance du Ciel. Que si vous me demandez comment je sais que les choux ont ces belles pensées, je vous demande comment vous savez qu’ils ne les ont point, et que tel, par exemple, à votre imitation ne dise pas le soir en s’enfermant :
« Je suis, monsieur le Chou Frisé, votre très humble serviteur, CHOU CABUS. »
Cyrano de Bergerac, Histoire comique des Etats et Empires de la Lune, 1657
Comme quoi, pour penser que les végétaux souffrent, il faut être sacrément lunatique.
Et une "belle" ekphrasis du cher Sartre, cité par Florence Burgat dans Une autre existence. La condition animale :
"J’ai longuement expliqué à Bost, en déjeunant, toutes les merveilles de la corrida. Mais il s’est trouvé qu’elle était mauvaise et il a été écœuré : “J’étais sûre qu’il serait indigné, ce protestant”, a dit le Castor. Mauvais toros, mauvais toreros. Tu me diras qu’il est honteux de parler de “mauvais toros”, tout autant que “d’indigènes paresseux” car enfin ils ne nous demandent rien et on va les chercher. D’accord et c’est bien ce qui indignait Bost. “Vous m’aviez dit que le toro prenait part à la course. Mais il se désintéresse totalement de la question.” Et il est de fait que le toro idéal, celui dont le torero “fait ce qu’il veut” est une sorte de saint-cyrien des taureaux, coléreux, héroïque et stupide, qui fonce partout. Ceux qu’on nous a montrés reculaient devant l’étoffe rouge en grattant le sol de leurs sabots et en mugissant lamentablement. Il y en a même un qu’on n’a pas pu tuer : il foutait le camp. Alors on a fait entrer dans l’arène un veau avec des clochettes et le veau a remmené paisiblement le toro sanglant à sa suite. Les toreros faisaient des passes correctes mais ils tuaient mal. Les bêtes saignaient tout ce qu’elles savaient et il fallait s’y reprendre à quatre fois pour les tuer. On leur arrachait l’épée inefficace plantée dans leur nuque avec une canne (“Pourquoi pas avec un parapluie” disait Bost furieux) et on leur en plongeait une autre et ainsi de suite jusqu’à ce qu’ils tombent. Encore fallait-il alors les achever au couteau […] Ça ne ressemblait en rien aux courses d’Espagne et pourtant c’était bien plaisant pour nous parce que ça nous rappelait l’Espagne."
Sartre, Jean-Paul, Lettres au Castor et à quelques autres (1926-1939), Paris, Gallimard, 1983, p.250
C'est la première fois de ma vie que j'achète un roman taggé "rentrée littéraire". Je n'y peux rien, j'ai été formatée à coups de ce que l'institution universitaire appelle "les classiques", tellement formatée que j'ai beaucoup de mal à en sortir. J'ai ce sentiment étrange d'une interdiction inviolable : tant que je ne maîtrise pas tous les classiques, je n'ai pas le "droit" de m'aventurer hors des sentiers battus, dans la jungle du proche contemporain, où la médiocrité la plus déplorable côtoie certainement les génies incompris du siècle. Au fond, c'est une peur : la peur de me retrouver seule juge face à un texte que "ceux qui savent" n'ont pas encore évalué. Seule, sans la grande famille des critiques universitaires pour me guider, m'ouvrir les yeux sur les trésors cachés des textes. Seule, donc, face à mes incompréhensions, mes contre-sens, mon axiologie incertaine. Seule face au monstre engendré par ma lecture.
Je me suis lancée malgré tout, après avoir découvert au détour d'un sujet sur végéweb un article sur Comme une Bête, dernière publication de Joy Sorman. Le sujet, évidemment, m'interpelle : c'est l'histoire d'un boucher. Mais là où une banale affaire de boucher meurtrier m'aurait laissée indifférente, le fait que l'auteure affirme s'être largement renseignée sur les rapports entre "l'animal et l'homme" (y compris auprès de Derrida) m'a vivement intéressée. Allai-je enfin découvrir une littérature véritablement antispéciste ? On écrit beaucoup sur les animaux non-humains : philosophie, histoire, ethologie, biologie... Il n'y a finalement qu'en littérature, dans les textes de fiction, qu'ils restent largement cantonnés à des clichés indécrottables, occultés derrière un usage purement anthropomorphique. C'est donc avec enthousiasme que j'ai acheté le roman de Joy Sorman, confortée dans mon choix par la rassurante édition Blanche de Gallimard ornée du prestigieux logo de la Nouvelle Revue Française.
Les 176 pages se lisent rapidement (ce qui n'est pas forcément bon signe). Le langage est simple, sauf, bien sûr, tout le lexique de la boucherie avec ses divers couteaux et les quantités d'appellations différentes qui désignent des parties bien précises des bêtes. Ce roman se veut description, à peu près objective, du métier de boucher. Dans l'article de présentation, c'était ce qui m'avait intéressée : l'auteure ne cherche pas à faire du psychologique, à centrer son histoire sur un personnage. Cette façon d'écrire m'a fait penser au Nouveau Roman, mouvement littéraire que j'affectionne particulièrement. Mais ne pas verser dans le psychologique ne signifie pas vider son texte de toute possibilité de faire sens. En l'occurrence, je n'ai pas eu grand chose d'autre qu'un terrible sentiment de platitude. De la description niveau 1 en quelques sortes, objective, scientifique, vide. Les mots s'enchaînent, on m'annonce une suite d'objets mais à aucun moment la description ne prend vie pour venir se peindre devant mes yeux, vivace et obsédante, comme dans une description de Claude Simon. L'auteure ne prend pas la peine de s'attarder sur les choses ou les êtres pour leur donner vie, elle se contente de les annoncer platement. Les analogies sont rares et un peu faibles (ainsi, les cadavres qui se balancent comme des pendus). Prenons un exemple chez un auteur reconnu et chez Sorman. Voici une description de vache chez Claude Simon, dans Triptyque :
"Poussant des cris rauques, d'une voix de charretier qui jure avec sa taille, il pique de son ardillon la croupe de la vache attardée qui prend un trot maladroit. Tandis qu'elle s'éloigne, on peut voir ses pis roses ballotter lourdement, comme des cloches, apparaissant alternativement de part et d'autre des jarrets cagneux couverts d'une couche d'excréments marron foncé, presque noire, et craquelée. [...] Une cloche au son creux tinte à chacun des pas de l'une des vaches, accrochée sous son cou par un large collier de cuir. L'une après l'autre, les os de leurs bassinssaillant tour à tour avec raideur, elles défilent sans hâte [...]. Parfois l'une d'elles s'arrête, arrache une touffe d'herbe au flanc du talus, puis reprend son chemin. Des tiges vertes dépassent de chaque côté de sa bouche dont la mâchoire inférieure va et vient de droite à gauche."
J'ai souligné tout ce qui n'est pas indispensable à l'information mais apporte une valeur purement littéraire au texte : les caractérisants. On peut considérer, grossièrement, que plus un texte est chargé de caractérisants, plus il est littéraire. La vache de Claude Simon se présente à moi dans toute sa pure splendeur de vache, splendeur résidant précisément dans ces infimes détails parfaitement pertinents que Simon isole et passe à la loupe de son écriture. On frôle le naturalisme tellement l'image est vraie tout en restant dénuée de psychologique, de réelle subjectivité. La vache de Claude Simon, elle vit en moi quand je la lis.
"La vache se nomme Culotte, elle mesure 1,50 m au garrot et pèse 800 kg. Sa robe blanche est mouchetée de brun, le tour des yeux et du mufle est coloré, son museau est court, son front large et déprimé entre les deux yeux. Son pelage est un peu plus épais au cou et aux attaches."
J'ai beaucoup de mal à trouver ne serait-ce qu'un seul caractérisant dans ce passage. Il n'y a que des attributs du verbe, autrement dit des éléments indispensables à la phrase, que l'on ne peut supprimer. C'est une description scientifique, concise, précise, froide, morte. Un article sur le livre parle de néonaturalisme, moi je parlerai d'absence d'intérêt littéraire. La vache de Sorman, elle est déjà morte avant même de passer à l’abattoir. En l'occurrence, on pourrait croire que c'est signifiant, vu que c'est précisément le thème du livre (et donc la littérature ne parlant soi-disant toujours que d'elle-même, si le livre parle de boucherie l'écriture est forcément morte et froide). Mouais. J'ai un doute, puisqu'en l'occurrence la vache décrite est celle dont le boucher est sensé se prendre d'affection. L'auteure affirme qu'elle a cherché à faire sentir ce paradoxe du boucher, du carnivore qui aime les bêtes. Comment faire sentir cet amour pour l'animal vivant sans faire de description vivante ?
Je ne vais pas entamer une vaste analyse stylistique du bouquin, mais d'un point de vue littéraire, en un mot comme en cent, j'ai trouvé le texte plat, en raison du caractère scientifique et absolument pas littéraire de la majorité des descriptions. Je suis moi-même restée à peu près froide devant l'accumulation des scènes d'abattage et de découpage des bêtes. Joy Sorman l'affirme, elle n'a pas cherché à faire un livre "gore" ou "choquant", elle n'a pas voulu "dégoûter" ni "témoigner de la violence de la viande", mais simplement interroger ce paradoxe du carnivore qui se sent proche des animaux (source). Ce thème, Sorman l'effleure en effet dans son texte, à travers les fantasmes et les lectures du personnage, mais cette proximité avec l'animal réside dans la chair, pas dans la sensibilité ou l'intériorité. Concrètement, l'animal non-humain reste toujours la victime, désignée d'avance, dont la mort est justifiée à plusieurs reprises dans le texte : il faut nourrir le monde. L'animal meurt proprement, rapidement et est découpé dans les règles de l'art. La froideur scientifique des descriptions va de pair avec le discours pseudo-scientifique sur la viande. On nous martèle qu'aujourd'hui on tue "humainement" les bêtes et le texte de Sorman en témoigne : tout est propre, froid, mécanique, hygiénique.
"Pim sursaute sous l'effet de la détonation : l'animal est anesthésié par un coup de pistolet à projectile captif tiré dans le front, au point le plus meuble du crâne, au croisement de deux lignes que trace mentalement le tireur sur la tête de l'animal. Afin que la vache tombe correctement, il l'incite à se tenir appuyée sur la bonne patte, le cou de la bête se déjette en arrière, elle tombe sur les cornes puis le poitrail et enfin le flanc droit. Le tueur presse son doigt sur l'oeil de l'animal pour vérifier que la paupière reste immobile, preuve de son étourdissement. Puis la bête insensibilisée est suspendue, la carcasse entame sa ronde."
Tout se passe bien dans le meilleur des mondes, proprement et rapidement, presque au présent gnomique (présent de vérité générale). Cette facilité de la mort en devient presque invraisemblable lorsque le boucher se met en tête de chasser de la vache pseudo-sauvage : on peut tuer à distance une bête de 800 kilos d'une seule balle de "carabine semi-automatique Browning", vraiment ? Une seule balle, et l'énorme bestiole "se raidit puis s'écroule de tout son poids sur le flanc droit, pattes molles", tout simplement. Ça n'a pas l'air si grave que ça la mort, après tout. Propre et rapide, même à coups de carabine. Un végane sentimental ne verserait pas une larme. Comparons avec la mort du lapin chez Simon dans Triptyque :
"[Au bout de son bras] pend un lapin au pelage gris perle tenu par les oreilles, tantôt parfaitement immobile, tantôt agité de soubresauts et de coups de reins impuissants. [...] [La vieille femme] est maintenant en train d'attacher le lapin par les pattes arrière, la tête en bas, à la basse branche d'un prunier. De temps à autre l'animal donne encore des coups de reins saccadés ou tord son corps sur le côté, puis il renonce et le corps inerte continue à se balancer. [...] Par instants le corps du lapin ondule encore sous l'effet de coups de reins, mais plus faibles, comme sans conviction. La femme élève la bûche qu'elle tient à bout de bras et l'abaisse d'un coup sec sur la nuque de l'animal. Sans doute le coup était-il mal ajusté car le corps du lapin est agité d'un brusque soubresaut et se tord en arc de cercle. Arrêtant de son autre main les oscillations, la vieille frappe une seconde fois. Le corps du lapin devient inerte et les périodes d'oscillation du balancement provoqué par le coup se font de plus en plus courtes. La vieille femme abat une troisième fois la bûche au même endroit, puis la jette au pied de l'arbre."
Lapin de garenne mort avec gibecière, poire à poudre, une grive et une alouette de Baptiste Simeon Chardin
Chez Simon, on n'échappe pas à la vision de la mort comme processus, la mort dans toute sa réalité. Au contraire, elle est étalée devant nos yeux comme un véritable combat contre la vigueur de la vie. On ne nous épargne pas non plus l'intériorité de l'animal, suggérée par les mots que j'ai soulignés. Alors que dans Comme une bête de Sorman, la seule manière de passer de l'autre côté de l'animal ce n'est pas de se poser la question de son intériorité, mais de le dépecer. La seule analogie qui se réalise entre l'animal non-humain et l'humain chez Sorman, c'est qu'ils sont tous les deux constitués de chair. Il y a pourtant bien une scène où le regard animal interroge le boucher ; Derrida affirmait : "L'animal nous regarde et nous sommes nus devant lui. Et penser commence peut-être là.". "Que se passe-t-il dans cette grosse tête la vache ?" demande le boucher qu'une vache dévisage. Mais la vache reste muette : "Il ne te manque que la parole mais elle te manque totalement la vache" ; ceux qui n'ont pas la parole sont ainsi destinés à rester des victimes, et le fait que nous soyons des êtres de chair est la seule chose qui nous rapproche des animaux d'élevage ; un constat sans grandes conséquences. "Je crois que si tu parlais tu m'engueulerais", mais elle ne l'engueule pas : qui ne dit mot consent.
Sorman revendique avoir lu entre autres Elisabeth de Fontenay, Dominique Lestel, Jocelyne Porcher, Jonathan Safran Foer, noms bien connus de ceux qui s'intéressent à l'éthique animale. Et le texte est en effet parsemé de bribes de réflexions qui partent un peu dans tous les sens, se voulant peut-être le point de départ d'une réflexion par la suite plus poussée chez le lecteur. Je garde le sentiment que l'auteure a difficilement essayé de mêler philosophie et littérature, sans parvenir à réaliser correctement ni l'un ni l'autre. C'est toute la difficulté de la notion de roman engagé, or le roman de Sorman n'est que semi-engagé puisqu'il ose à peine poser les questions et ne s'aventure jamais sur le terrain glissant de la sensibilité animale, de la sentience. Peut-être l'auteure aurait-elle dû se cantonner à son premier projet, qui n'était pas de faire un roman : "Quand j'ai commencé à écrire, j'étais dans une veine très documentaire, dans la continuité de mes précédents livres, très axés sur le métier, ses techniques, son vocabulaire" (source). N'y a-t-il pas une sorte d'incompatibilité fondamentale entre la froideur, la scientificité d'un vocabulaire technique et la volonté de faire réfléchir sur un sujet aussi vivant que le rapport entre l'homme et l'animal ?
Il est certain en tout cas que l'on ne sort pas dégoûté de la lecture de Comme une bête, c'est même le contraire. L'auteure l'affirme : "Les carnivores qui l'ont lu m'ont dit en le refermant que ça leur avait donné encore plus envie de manger une côte de boeuf", et je comprends parfaitement que le livre puisse avoir cet effet. Le boucher de Sorman est l'artisan parfait : amour du métier, rapidité, hygiène, conscience des dangers d'une viande avariée, découpe parfaite, choix des meilleurs morceaux pour sa clientèle. Pim, c'est le "chevalier de la viande", puissant, noble et valeureux. On a presque envie de dire merci à ces travailleurs de la chair qui nous épargnent la vue des carcasses et ont le bon goût d'esthétiser la viande : cachez-moi ce nerf que je ne saurais voir, ficelez-moi bien ce rôti, et surtout, surtout, faites-moi bien oublier d'où il vient.
"Le gras, c'est la vie !" - Karadoc, chevalier viandard
"Alors après quand on est végétarien et qu'on ne supporte pas de description de la chair, du sang, des parties anatomiques on peut être peut-être un peu dérangé" affirme Sorman. Sauf que Sorman n'a visiblement pas compris qu'il ne suffit pas de citer pour décrire : que l'on me dise "tendon, sang, muscle, nerf" ne me fait rien. Ce sont des mots sans le moindre relief et je peux parfaitement les lire sans me prendre en pleine tronche des images dégueulasses de cadavres sanguinolents. Le gore est dans le détail de l'image, pas dans le mot. Un bel exemple (devinez chez qui ?...) :
"Armée de nouveau de son couteau dont la pointe de la lame dépasse seule de son poing fermé, la vieille à tête de chien arrache d'un geste rapide du poignet l'un des yeux du lapin. En même temps sa main gauche tend au-dessous de l'orbite évidée un bol au bord ébréché. Les gouttes de sang, d'abord espacées, puis se précipitant, s'écrasent en larges pastilles rouge vif sur la paroi concave de faïence d'un gris jaunâtre couverte d'un réseau de fines craquelures. Glissant vers le fond les gouttes de sang s'étirent en ovales, se font plus serrées, et bientôt un filet vertical relie l'orbite vide au bol où le niveau du sang recueilli s'élève peu à peu."
Même si le mot "sang" est répété trois fois, ce n'est absolument pas lui qui fait naître le malaise, mais la description minutieuse de la texture, du flot qui coule. Le problème ce n'est pas la présence de sang : le problème c'est qu'il soit en train de sortir, de quitter un corps, de couler de plus en plus vite. Sorman ne s'attarde pas sur ce genre de considération. Du sang, dans son livre, il y en a, mais ce n'est rien de plus qu'un mot.
Dans l'ensemble je dirais que ce livre est assez fade. La recherche documentaire sur le monde de la boucherie et de la viande est flagrante, certainement juste, mais pas franchement littéraire, à peine mise en forme. Le récit est parsemé de petites anecdotes ou de petits récits sur la viande, sans rapport direct avec l'histoire ; un recueil de curiosités viandardes en quelques sortes, s'ajoutant à la curiosité que constitue ce boucher un peu obsédé par son métier. Pour un peu je dirais presque que ce livre est divertissant. Mais il ne me semble pas parvenir à mettre en place une réelle réflexion sur la viande, il n'est même pas dérangeant. Bien plus, il contribue pratiquement à légitimer l'abattage des animaux ("il faut nourrir le monde"), en ajoutant à peine une notion de respect, d'admiration pour ces bêtes qui "se sacrifient" pour nous, des "volontaires obligés" en quelque sorte. Après l'avoir lu et être restée froide, j'ai d'abord pensé que c'était parce que j'étais végane et que ne participant pas à ce massacre je ne me sentais pas concernée ; mais les témoignages de personnes à qui ce livre a donné envie de manger de la viande sont nombreux, et compréhensibles au vu de la teneur du texte. Sans parler du sujet du récit, je n'ai pas trouvé non plus que le texte avait une valeur littéraire particulière. Il y a bien au milieu du livre une reprise de l'Education Sentimentale de Flaubert, intéressante mais sans grande subtilité et qui n'entraîne pas vraiment de système de signifiance.
"Il voyagea, quitta la Bretagne. Il connut la mélancolie des grossistes au petit matin, les froids réveils des frigos à viande, l'étourdissement du travail et du hachoir, l'amertume du sang au goût de mercure. Il vint ouvrir sa boucherie à Paris."
Voici le célèbre original :
"Il voyagea. Il connut la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente, l'étourdissement des paysages et des ruines, l'amertume des sympathies interrompues. Il revint."
A part pour la beauté du geste et le plaisir de retrouver cette célébrissime ellipse, je ne trouve pas de parallèle particulier entre Frédéric Moreau, jeune homme qui a le malheur de n'être jamais à la hauteur de ses ambitions, et Pim, boucher qui atteint le sommet de son art. Une invitation à retourner lire mes classiques, peut-être...